Et si nous osions être un peu plus vulnérables?

Ces derniers temps, lorsqu’un interlocuteur me demande comment je vais (par politesse et non pas par réel intérêt, tmtc), je réponds par automatisme, un faux sourire aux lèvres, que je vais bien. Par habitude ou par simple diktat je suppose. Oui, je vais bien, mais uniquement jusqu’à ce que j’aille verser quelques larmes dans un coin parce que je ne peux pas montrer ouvertement que je ressens une émotion négative, parce que je dois me cacher pour ressentir, pour simplement vivre en accord avec qui je suis. A l’heure des réseaux sociaux, de notre société de plus en plus nombriliste et des entreprises laissant tomber le people-management au profit de la rentabilité avant tout, être sensible n’est finalement pas une option. Etre vulnérable, c’est apparement faire partie des faibles alors que j’ai toujours été persuadée de faire partie des forts. Du coup, qu’est-ce que je fais moi?

Cela fait officiellement 4 mois que mon moral est en dents de scie, voire digne des plus belles montagnes russes. Un jour je me sens invincible, j’ai confiance en moi et en mon avenir, tandis que le lendemain, je me réveille avec un poids sur la poitrine, l’impression d’être vide, que plus rien ne va et n’ira jamais. Ce n’est pas la joie. Sauf que la vie est en réalité faite de hauts et de bas et je l’accepte. Mais du coup, pourquoi cela fait-il 4 mois que je me cache pour pleurer?

Nous vivons dans une société où tout va trop vite et où personne ne nous laisse ressentir des choses autres que parfaites. Nous sommes en recherche constante de perfection. Ton mec est trop petit? Next. Ton job ne paie pas assez bien? Next. Tout ceci au dépend d’une réalité : l’humanité laisse place à un mode de fonctionnement inhumain. Les humains bourrés d’émotions sont remplacés ou dirigés par des robots incapables de ressentir la moindre chose. (Si ce n’est de l’amour pour leur petite personne. J’avoue. Hashtag selfie). Au final, la vulnérabilité finit par disparaitre des radars de l’humanité et laisse place à des manières de fonctionner parfois trop strictes. Alors comment faire pour évoluer dans ce monde lorsqu’on est hypersensible? Comment faire lorsque des émotions passablement banales pour le commun des mortels sont exacerbées et que l’on doit vivre et évoluer au quotidien? Comment faire lorsqu’humanité ne rime plus avec normalité et que la sensibilité est à tout prix à éviter?

Pour ceux qui ne connaissent pas encore cette notion, l’hypersensibilité, en psychologie, est une sensibilité plus haute que la moyenne. Le cerveau en charge des émotions (vs rationnalité) est en quelque sorte le dominant et s’éclate en faisant tout ressentir de façon extrême. Il adore ça. C’est son guilty pressure à lui. Apparement, 15 et 20%  de la population fonctionne de la sorte et cette singularité peut être provisoire ou durable.

Depuis maintenant deux ans, j’ai effectivement posé un mot sur cette particularité qui fait que je ressens tout plus que les autres, qui fait que mon instinct et mes sens sont surdéveloppés. Une aubaine certes, mais aussi un poids par certain moments.

Voici quelques exemples :

  1. Tomber amoureux, pour quelqu’un ayant un mode de fonctionnement dans la norme est quelque chose de fabuleux. C’est sympa les papillons dans le ventre. Et bien pour mon cerveau, c’est probablement la chose la plus fabuleuse exposant hyper cool fois trois milles qui puisse exister.  DES PAPILLIOOOOOOOOOONS.
  2. Une rupture est pour vous une étape dure à passer, mais elle s’efface avec le temps? Et bien pour moi, une rupture est équivalente à un événement horrible exposant terrible au carré fois c’est la fin du monde fois deux. La peine s’efface aussi, mais ceci prend le double du temps à se faire parce que je vais en profiter pour aller chercher toutes les situations semblables vécues auparavant et faire des analyses dignes des plus grands psychologues avant de m’en remettre. AAAAIE.
  3. Un collègue a été antipathique avec vous cet après-midi? Vous l’avez certainement déjà oublié. Et bien pour moi, je vais sans cesse décortiquer ses mots ou ses attitudes jusqu’à ce que mon cerveau en ait retiré ce qu’il y en avait de valable. Je ne vais cesser de me remettre en question, de remettre en question mon interaction, les mots utilisés et surtout, je vais tenter de comprendre pourquoi cette personne a autant d’animosité envers moi et faire un parallèle avec mes autres interactions sociales, voir si je dois en retirer des conclusions, comment faire en sorte que ça ne se reproduise plus, etc etc. BONNE AMBI.

Et donc voilà. Aujourd’hui, pendant que j’essaie d’apprivoiser mon hypersensibilité, que je tente de la gérer au quotidien, je me retrouve confrontée à des situations que ne me permettent pas d’appréhender ce quotidien calmement ou sereinement. Chaque jour, j’ai l’impression que je dois me contrôler, que je ne dois pas trop ressentir. Chaque jour, j’ai l’impression que je dois mettre en sourdine mes ressentis afin de ne pas révéler en vous un peu de vulnérabilité ou de sensibilité. Dans ce monde du fake, je dois me canaliser. Parce que si je ne le fais pas, ce ne sera pas « juste pour vous » et ça remettra surtout en question votre notion de perfection et de bonheur.

Pourquoi n’est-ce pas okay de dire aux gens « sorry, ton projet a l’air sympa mais j’ai pas le coeur à ça aujourd’hui. Je me sens triste » ou « Sorry, mais non, j’ai pas envie de prétendre que tout va bien aujourd’hui. Je suis en colère ». Pourquoi? Pourquoi n’osons-nous pas exprimer nos émotions autres que positives?

Parfois, j’ai juste envie de dire que je suis super contente d’être bien entourée, que j’ai beaucoup de chance de vous avoir, mais parfois, j’ai aussi juste besoin d’extérioriser ce que je ressens. Et pourtant, j’ai toujours peur de déranger avec mes émotions désagréables. J’ai peur d’être cataloguée, d’être « l’amie dépressive qui nous saoule tous » ou « l’amie qui ne se remet pas de sa rupture ». J’ai le coeur serré. J’ai mes émotions qui s’emmêlent, qui créent des angoisses et des peurs irrationnelles. Et je ne m’autorise pas à en parler.

Donc voilà. Je suis personnellement dans une phase de down, de vulnérabilité et e n »arrive pas à remonter la pente. En plus d’avoir vécu un réel traumatisme amoureux, je n’arrive pas à avancer dans mes autres projets. Et comme si ceci n’était pas suffisant, je suis en train d’appuyer sur mes blessures les plus profondes et les plus anciennes pour les panser de la meilleure façon afin de ne plus jamais devoir les affronter à nouveau.

Du coup, j’ai le droit d’être triste du coup, non? J’ai le droit d’arriver au bureau et de ne pas sauter partout parce que « I’m so happy to be heeeeeeere ». J’ai le droit de ne pas avoir envie de me lever le matin? J’ai le droit d’angoisser? J’ai le droit de rêver à un avenir meilleur sans qu’on me reproche de ne pas vivre dans la réalité?

Pourquoi personne ne parle du fait que c’est okay de ne pas aller bien? Pourquoi continuons-nous de prétendre que tout va bien dans le meilleur des mondes alors qu’on est tous en train de mener des combats personnels hyper compliqués? Comment fait-on pour aller bien dans un monde qui nous fait constamment culpabiliser d’aller mal?